Chapitre 11

Sur les talons de Grégor qui marchait d’un bon pas, Eugénie avançait en observant avec curiosité la végétation tout autour. Les arbres et les plantes qui constituaient cette surprenante jungle lui étaient complètement inconnus et pourtant étrangement familiers. Grâce à la lumière tamisée par les feuillages et au doux clapotis du ruisseau tout proche, il se dégageait de cet endroit une atmosphère rassurante et Eugénie se sentait curieusement sereine, en dépit des événements de ces dernières heures. Elle jeta un coup d’œil furtif à Oscar et constata que lui aussi avait l’air beaucoup plus détendu. Il se tourna vers elle d’un air surpris :

− C’est assez hallucinant ! En moins de vingt-quatre heures : on s’est retrouvé nez à nez avec une créature inconnue tombée du ciel. On a failli mourir suffoqués dans un nuage de poussière en allant à sa rencontre, avant d’être sauvés in extremis. On a fini par la retrouver et elle nous a fait rapetisser grâce à une cascade magique, ce qui fait qu’on mesure maintenant à peine 3 cm de haut. On a fait du rafting dans une bulle, avant d’atterrir dans un monde complètement inconnu. Et là, on est en train de suivre une nouvelle créature complètement inconnue à travers une forêt complètement inconnue, pour pas dire carrément délirante. Et tu sais le pire dans tout ça ? C’est que je me sens bien ! Ouais, j’ai pas peur, rien ! Y’a même longtemps que je ne me suis pas senti aussi bien, en fait ! C’est quand même du délire, non ? J’ai bien conscience que je devrais être complètement paniqué, à la limite de l’hystérie même ! Et ben, non ! Je me sens super à l’aise !… Je vais me réveiller, tu crois ?

Eugénie se mit à rire devant la mine de son ami. Elle partageait son étonnement, mais savourait ce doux état d’apaisement qui, elle le pressentait, ne durerait pas. Après quelques minutes de marche, les arbres se firent plus rares, plus clairsemés et Gregor s’arrêta. Ils étaient à présent face à une paroi rocheuse partiellement recouverte de végétation, parmi laquelle on pouvait deviner une ouverture dans la pierre.

− Nous y voilà. C’est ici qu’Ephéa vous attend.

− Tu ne viens pas avec nous ? demanda Oscar.

− Non, il faut que je retourne à l’extérieur. Mes hommes ont besoin de moi.

− Ah, OK ! Ben salut, alors ! répondit Oscar.

Grégor les salua d’un hochement de tête auquel Eugénie répondit par un sourire, puis son corps se liquéfia d’un coup, formant une flaque qui se mit à couler à toute vitesse en direction de la forêt, disparaissant bientôt parmi les fougères qui jonchaient le sol.

− Waouh ! Ça, c’est cool ! lança Oscar, les yeux écarquillés. Tu crois qu’il pourrait m’apprendre à faire ça ?

Eugénie lui lança un coup de coude dans les côtes et il reprit sa contenance.

− Ouais, OK, on y va ! Les dames d’abord ! dit-il, alors qu’Eugénie s’engouffrait dans la faille au milieu de la roche.

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