Chapitre 9

Sous le choc de l’eau qui percuta la bulle de plein fouet, l’entraînant vers le bas, Oscar et Eugénie furent projetés contre la paroi, heureusement souple et moelleuse. Leurs cris emplissaient le curieux vaisseau irisé, couvrant presque totalement le grondement de l’eau tout autour. Tous deux sentaient leurs cœurs vaciller dans leur poitrine à mesure que la bulle chutait toujours plus vite. De leurs yeux écarquillés, ils ne pouvaient discerner que les trombes d’eau qui frappaient la bulle de part et d’autre, priant intérieurement pour que leur frêle esquif résistât à ces assauts.

Alors qu’à court d’air, Eugénie et Oscar reprenaient leur souffle, la voix d’Ephéa s’éleva dans la bulle.

− Vous ne craignez rien, leur dit-elle, rassurante. La bulle vous protège et nous y sommes bientôt. Elle apparut alors de l’autre côté de la paroi translucide, souriante et paisible au milieu de l’eau tumultueuse.

− Purée, Ephéa !! C’est facile à dire !!! hurla Oscar, qui agrippait fermement la main d’Eugénie. C’est pire que Space Mountain, ton truc !!!

Ephéa tendit les bras en direction de la bulle, qui s’immobilisa brusquement au milieu de la chute d’eau, projetant ses occupants sur le sol.

− T’aurais pu prévenir ! bougonna Oscar, qui tentait tant bien que mal de se relever. Ça va, Eugénie ? Il tendit la main à son amie, livide, qui la saisit pour se relever à son tour.

− Oui, je crois, dit-elle avec un faible sourire. Il était temps que ça se termine… ajouta-t-elle, en observant l’eau qui continuait à se fracasser contre les parois de la bulle.

− Ah ben ça, tu l’avais pas vu venir, apparemment ! dit-il pour la taquiner. Eugénie lui donna un coup de coude dans les côtes et tous deux éclatèrent d’un rire libérateur, soulagés d’être sains et saufs.

− Je ne te propose pas de chocolat, tu serais capable de vomir, vu la mine que t’as ! ajouta Oscar en riant. Tout à coup, la bulle se mit à bouger, doucement cette fois.

− Je vous propose de continuer le voyage plus paisiblement, dit Ephéa avec un clin d’œil. Les bras toujours tendus en avant, elle se mit à descendre lentement, entraînant la bulle dans son mouvement.

Ebahis, Oscar et Eugénie pouvaient à présent contempler l’eau, limpide et puissante, qui continuait à tomber tout autour. Le spectacle était fascinant, presque hypnotique.

− Tu m’expliques pourquoi elle n’a pas fait ça dès le début ? demanda Oscar à Eugénie, en haussant les sourcils. Ok, ma théorie sur les fées mangeuses d’hommes était peut-être un peu tirée par les cheveux, mais par contre, les fées sadiques…

− Je t’entends, tu sais, dit Ephéa, en éclatant de rire devant la mine déconfite d’Oscar. Nous y sommes presque.

Sous leurs pieds, Eugénie et Oscar regardaient, ébahis, l’eau bouillonner à l’endroit où la chute venait se jeter dans une rivière. La bulle poursuivit doucement sa descente jusqu’au bas de la cascade où, prise dans un tourbillon, elle se mit à tournoyer sur elle-même, forçant ses occupants à s’assoir pour ne pas perdre l’équilibre.

− Je croyais que tu avais dit paisiblement ! cria Oscar à l’attention d’Ephéa, mais celle-ci avait disparu dans l’eau tumultueuse. Il jeta un coup d’œil à Eugénie qui, les yeux fermés, luttait contre le tournis qui commençait à la gagner et saisit sa main pour la rassurer. Un sourire apparut sur le visage crispé de la jeune fille et Oscar fut rassuré.

Après quelques secondes, la bulle émergea du tourbillon pour se stabiliser dans l’eau paisible de la rivière, où elle se mit à flotter tranquillement en suivant le courant, pour le plus grand soulagement de ses jeunes passagers. Toujours assis au milieu de leur embarcation translucide, Oscar et Eugénie reprenaient doucement leurs esprits tout en examinant avec attention les alentours. La rivière semblait se frayer un chemin au milieu de la roche et, de chaque côté, on ne pouvait distinguer que les murs de pierre grise tout proches. Tout comme dans le tunnel, l’obscurité n’était troublée que par les petites boules de lumière dorée suspendues, comme par magie, au-dessus de l’eau.

− Où est passée Ephéa ? demanda Oscar qui, le visage à quelques centimètres du sol de la bulle, observait avec attention les profondeurs de la rivière. Regarde ! dit-il brusquement, en attrapant Eugénie par le bras pour l’amener à ses côtés. Tu les vois ? s’écria-t-il, tandis que son amie plissait les yeux pour tenter d’apercevoir, dans la faible clarté, ce qui pouvait bien se cacher dans l’eau claire.

− Là ! cria Oscar et Eugénie ne put retenir un cri de surprise.

Tout autour de la bulle, on pouvait distinguer une dizaine de formes qui se mouvaient avec grâce dans les eaux de la rivière.

− Tu crois que ce sont des poissons ? demanda Oscar.

− De drôles de poissons ! Regarde bien ! répondit Eugénie.

L’une des créatures s’approcha de la paroi et, abasourdis, Oscar et Eugénie purent distinguer un visage presque translucide rehaussé de deux grands yeux d’un vert éclatant et que quelques algues entouraient tels des cheveux. Une voix masculine s’éleva à l’intérieur de la bulle.

− Je suis Grégor, dit-elle. Mes amis et moi vous escorterons jusqu’à bon port. Ephéa vous attend avec notre Grand Mage.

Oscar et Eugénie virent une dizaine de paires d’yeux verts étincelants les fixer intensément et la bulle continua son chemin, sous bonne garde, dans les eaux de la rivière.

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